Synthèse du 11ème séminaire international du Réseau CADTM (Organisé en collaboration avec Olga Zrihen, sénatrice et les coupoles CNCD-11.11.11 et 11.11.11 – Koepel van de Vlaamse Noord-Zuidbeweging)

 

arton8592-60eadPar Mimoun Rahmani (ATTAC-CADTM Maroc)

Nous sommes déjà à la 11ème édition du séminaire international du CADTM sur la dette et les droits humains. Cela fait déjà plus de 20 ans que le CADTM travaille sur la dette des pays du Sud. Aujourd’hui, la donne a changé puisque nous nous trouvons dans une situation où la dette est devenue un problème touchant l’ensemble de la planète.

Au Sud d’abord, où les peuples subissent depuis presque 30 ans les effets des programmes d’ajustement structurel (PAS), des recommandations des Institutions financières internationales (IFI) et, d’une manière générale, les politiques néolibérales imposées par les institutions économiques mondiales et les puissances impérialistes. Ces États du Sud, piégés, n’arrivent toujours pas à sortir du cercle vicieux de la dette parce que la dette demeure un mécanisme de domination et d’exploitation. La dette constitue également un outil qui permet le transfert d’une immense richesse des peuples du Sud vers les exploiteurs du Nord.

Ensuite, nous sommes dans un nouveau contexte où le fléau de la dette s’est généralisé et touche également les États du Nord qui sont frappés par une grande crise de l’endettement public. Cette crise des dettes souveraines résulte notamment des sauvetages bancaires et plus largement de la poursuite de politiques fiscales bénéficiant aux plus riches.

Et c’est au nom de cette dette illégitime que les gouvernements mettent en place des plans d’austérité au Nord (en Europe) dont la recette est la même que les PAS appliqués au Sud : privatisations, dérégulations, régressions des droits sociaux dont les droits syndicaux, etc.

Cependant, la résistance s’organise. Grâce au travail que le CADTM et d’autres mouvements sociaux ont abattu, on peut constater plusieurs avancées sur le plan politique même si le chemin de la lutte semble encore long :

  • Des résolutions pour l’audit et l’annulation de la dette odieuse ont été adoptées par certains parlements nationaux, dont le parlement belge ;
  • Des résolutions du parlement européen comme celle sur la stratégie de l’union européenne en matière de commerce et d’investissement pour le sud de la méditerranée jugent odieuse la dette extérieure des pays de l’Afrique du Nord et du Proche Orient ;
  • La résolution parlementaire paritaire UE-ACP du 18 mai 2011 qui appelle à l’audit dû aux pays en transition démocratique (dont l’Égypte et la Tunisie) ;

A ces textes s’ajoutent des rapports et textes des institutions internationales (ONU, CNUCED…) comme :

  • La résolution du conseil des droits de l’homme de l’ONU du 5 juillet 2012.
  • Le rapport de l’Expert des Nations Unies sur la dette extérieure et les droits humains, Cephas Lumina, qui met l’accent sur le lien étroit entre la dette extérieure, les droits humains et le développement, et qui prône une approche basée sur les droits humains. Autrement dit il faut aborder la dette du point de vue des droits humains et non comme un simple sujet technique ou économique. Le fait de de considérer la dette comme un simple problème économique et financier a aggravé le problème au lieu de le résoudre.

On peut également retenir des principes directeurs dégagés par l’Expert des Nations Unis que :

  • Les États doivent prendre en compte ces principes directeurs dans la mise en place de leurs politiques nationales ;
  • Les activistes peuvent de leur côté utiliser les principes directeurs pour exercer leur pression sur les États et les gouvernements dans le but du respect des droits fondamentaux économiques, sociaux et culturels ;
  • Nous pouvons également utiliser ces principes directeurs comme règles internationales auxquelles on pourra y revenir en cas de besoin, par exemple pour dénoncer les fonds vautours ou pour intenter des actions en justice ou bien encore pour mener les débats ou tout simplement pour conduire des campagnes nationales et internationales contre la dette.

En d’autres termes, nous avons intérêt à utiliser ces principes directeurs et, d’une manière générale, ces résolutions comme références dans notre combat contre le système dette. C’est en s’appuyant sur ces textes juridiques qu’on pourra changer quelque chose.

Mais il faudra aussi s’appuyer sur les arguments juridiques avancés tels que :

  • la dette illégitime, qui est une notion politique recouvrant des arguments juridiques solides ;
  • L’état de nécessité qui s’applique à des pays comme la Grèce, la Tunisie ou encore l’Egypte ;
  • Le changement fondamental de circonstance ;
  • La force majeure ;
  • L’enrichissement sans cause ;
  • Les vices du consentement ;
  • Abus, corruption, etc.

Ces arguments sont des outils sur lesquels on peut se baser dans notre stratégie de mener des audits citoyens de la dette afin de déterminer la part illégitime, odieuse ou illégale.

Les exemples concrets de la Grèce et de la Tunisie montrent clairement que la dette reste un outil de domination et d’exploitation et porte atteinte à la souveraineté des Etats. La lutte doit continuer par tous les moyens dont nous disposons : par l’éducation populaire, les actions de terrain et les différentes formes de dénonciation.

Nous devrons être aux côtés des forces politiques progressistes qui reprennent nos idées (exemple de SYRIZA en Grèce et du Front populaire en Tunisie) et être unis pour rejeter cette dette qui n’est pas la notre. Comme le disait Thomas Sankara : « Nous ne pouvons pas payer cette dette parce que nous ne sommes pas responsables de cette dette »

Les peuples du Sud, comme ceux du Nord doivent lutter pour se réapproprier leurs avenirs.

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