Le Maroc s’endette pour ramasser ses ordures !

Mimoun Rahmani

24 mai 2009

La Banque mondiale vient d’approuver l’octroi d’un prêt au Maroc, d’un montant de 132,7 millions de dollars (100 millions d’Euros). Selon la BM, ce financement permettra au Gouvernement marocain « d’améliorer les performances économiques, environnementales et sociales de la gestion des déchets solides des municipalités. » Mats Karlsson, directeur du département Maghreb au sein de la BM, affirme que « Avec les réformes en cours dans le secteur des déchets solides ainsi que dans d’autres domaines, le Maroc prend de l’élan en vue de son intégration dans les marchés de l’Union européenne et des États-Unis sensibilisés à l’environnement ».

L’intégration dont il est question n’est autre que l’ouverture totale du marché marocain aux investisseurs étrangers, et en particulier aux multinationales européennes qui ont accaparé les secteurs stratégiques, notamment ceux qui sont les plus « rentables » comme la distribution d’eau, l’électricité, l’assainissement liquide, le transport urbain, etc. Ces domaines qui relevaient des attributions des collectivités locales à travers la gestion directe ou celle des régies autonomes sont désormais gérés par des groupes étrangers puissants comme Veolia, la Lyonnaise des eaux ou d’autres encore.

Avec ces 4 500 salariés générant un chiffre d’affaires de 3,5 milliards de dirhams, le groupe Veolia Maroc dessert 3,6 millions de personnes à travers ses filiales Amendis à Tanger-Tétouan, Redal à Rabat-Salé, ainsi qu’Amanor et Hydrolia œuvrant dans les domaines du transport du personnel, l’électrification urbaine, la réhabilitation de réseaux d’assainissement et l’entretien de l’eau potable pour les collectivités locales et régies gestionnaires. Veolia a fait la meilleure offre et a ainsi décroché en mars dernier le contrat relatif à la gestion déléguée du transport urbain au niveau de l’agglomération de Rabat. Plus de 3 milliards DH ont été investi depuis 2002 dans les infrastructures et les programmes de dépollution. Toutefois, ce ne sont pas des investissements productifs ni des investissements directs étrangers qui vont permettre quelques points supplémentaires de croissance économique, comme n’hésitent pas de le répéter les responsables gouvernementaux. En effet, l’argent investi est le plus souvent emprunté auprès des banques marocaines alors que les profits sont rapatriés vers l’Europe.

Depuis 2002, les banques marocaines « partenaires »  (BMCE Bank, Attijariwafa bank, Banques Populaires, BMCI, SGMB, Crédit du Maroc et UMB) ont accordé plus de 5,2 milliards de dirhams de prêts au groupe Veolia environnement Maroc. Le dernier crédit accordé, en février 2008, est d’un montant de 1,2 milliards de dirhams. Il s’étalera sur une durée de 15 ans et servira au « financement des projets entrepris par les filiales du groupe, Amendis (1 milliard de DH) et Redal (1,1 milliard), dans les régions de Tanger-Tétouan et Rabat-Salé ».

Le secteur de « la gestion des déchets solides » est déjà privatisé dans plusieurs villes, ce nouveau prêt bénéficiera donc en priorité aux sociétés privées étrangères, et permettra certainement à d’autres collectivités locales de bien se « préparer » pour déléguer leur gestion des déchets solides à ces mêmes sociétés privées. Autrement dit, l’Etat s’endette pour préparer la privatisation des derniers secteurs publics. Il contracte des dettes extérieures pour « assainir » et « moderniser » les services publics pour ensuite les vendre aux multinationales des Etats créditeurs. Ce n’est pas par hasard si les grands projets en cours (l’achat de trains à grande vitesse et la construction d’infrastructure pour le Tramway entre Rabat et Salé) sont financés par des prêts français. Ainsi, la dette ne cesse d’augmenter et constitue de plus en plus un poids énorme pour le budget de l’Etat.

Fin 2008, la dette publique marocaine atteignait le montant de 400,5 milliards de dirhams, soit une augmentation de 0,93% par rapport à 2007, et représentait donc 58,88% du PIB.

La dette extérieure publique a enregistré une importante augmentation de 10% par rapport à 2007 pour atteindre la somme de 134,2 milliards de dirhams (16,6 milliards de dollars ou 11,9 milliards d’Euros). Cela représente 20% du PIB et 39% des recettes courantes de la balance des paiements. Avec 52% du total de la dette (69,9 milliards de dirhams), les institutions internationales (BIRD, BAD, BEI, BID…) sont le premier groupe créancier du Maroc. Vient ensuite les créanciers bilatéraux (France, Japon, Allemagne…) qui détiennent 54,0 milliards de dirhams (40%), et 10,3 milliards de dirhams (8%) pour les banques commerciales. Quant à la structure de la dette par débiteurs, le Trésor demeure le principal emprunteur avec un encours de 68,7 milliards de dirhams (en diminution de 6% par rapport à 2007) représentant 51% du total de la dette extérieure publique. Le reste est composé essentiellement de dette garantie (soit 65,5 milliards de dirhams en augmentation de 2% par rapport à 2007), détenue principalement par l’ONE, l’ADM, l’ONEP, la RAM et l’ONCF. Par devise, 70% de la dette publique extérieure est libellée en Euro et 10% seulement en Dollar US.

Il est à signaler que la dette publique extérieure, qui avait connue une baisse importante de 9 milliards de dollars en 13 ans (passant de 21,3 milliards de dollars en 1992 à 12,4 milliards de dollars en 2005), a de nouveau augmenté ces trois dernières années (passant de 13,6 milliards de dollars en 2006 à 15,9 milliards de dollars en 2007). Cela signifie que le Maroc recoure de nouveau à l’endettement extérieur pour couvrir son déficit extérieur qui s’est accentué à cause de l’augmentation des prix des matières premières importées, en particulier le pétrole et les produits énergétiques.

La dette publique intérieure, quant à elle, a atteint fin 2008  266,3 milliards de dirhams, soit 39,7% du PIB. Elle se réparti entre la dette du Trésor avec un montant de 257,1 milliards de dirhams et la dette garantie à l’ordre de 9,2 milliards de dirhams. La dette publique intérieure représente donc près du double de la dette publique extérieure. Cela résulte d’un choix délibéré de l’Etat, qui dans le cadre de la politique dite de gestion active de la dette, a transféré la dette externe en dette interne [1]. Les résultats des trois dernières années montrent bien que cette politique est un échec.

Pour finir, les services de la dette, prévus initialement à 47,92 milliards de dirhams, ont atteint en fin 2008  93,36 milliards de dirhams. Cela représente 36,78% du budget général de l’Etat, 10 fois le budget de la santé, 2,5 fois le budget de l’éducation et de l’enseignement (y compris l’enseignement supérieur et la recherche scientifique) ou encore 55,87% des recettes fiscales. Plus de 80% de ces charges, soit 74,77 milliards de dirhams sont des services de la dette publique intérieure, alors que les charges en intérêts et commissions de la dette publique extérieure ne sont que de 18,59 milliards de dirhams.

La politique de réduction de la dette externe et le recours en contre partie à l’endettement interne a vite montré ses limites. Un audit citoyen de la dette publique marocaine s’impose donc et une enquête doit être menée sur son utilisation.

 

Note:

[1] Voir notamment, Mimoun Rahmani, Nouveau contexte de la dette publique marocaine – Le choix de l’endettement intérieur : conséquences et risques, http://www.cadtm.org/spip.php?article3261

 

Mimoun Rahmani

ATTAC/CADTM Maroc

Mail: rahmani.mimoun@gmail.com

Tel : +212 (0) 663218969

 

 

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