La dette grecque est illégale, illégitime et odieuse selon le rapport préliminaire du Comité sur la dette

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Les preuves présentées dans le rapport indiqueraient que la dette issue des plans d’austérité est une violation directe des droits fondamentaux de l’homme. Le comité serait arrivé à la conclusion que la Grèce ne devrait pas payer cette dette parce qu’elle est illégale, illégitime et odieuse.

Le comité sur la vérité sur la dette publique grecque présente aujourd’hui et demain ses premières conclusions. Le rapport sera officiellement publié demain vers 16h. Composé de 9 chapitres, le rapport conclut, sans vraiment beaucoup de surprise, que la dette grecque est en grande partie illégale, illégitime et odieuse.

Ce rapport préliminaire présente une cartographie des problèmes et des questions clés liées à la dette publique grecque, et fait état des violations juridiques associées ; il retrace également les fondements juridiques sur lesquels peut se fonder la suspension unilatérale des paiements de la dette.

Les résultats sont présentés en neuf chapitres structurés comme suit :


1. La dette avant la troïka

Ce chapitre revient sur les analyses de la croissance de la dette publique grecque depuis les années 1980.

Il conclut que l’augmentation de la dette n’est pas le résultat de dépenses publiques excessives, qui sont en fait restées inférieures aux dépenses publiques des autres pays de la zone euro, mais plutôt en raison des taux extrêmement élevés, des dépenses militaires excessives et injustifiées, de la perte de recettes fiscales due à des sorties illicites de capitaux, de la ​​recapitalisation des banques privées, et des déséquilibres internationaux créés par les failles dans la conception de l’Union monétaire elle-même.

L’adoption de l’euro a conduit à une augmentation drastique de la dette privée en Grèce à laquelle les grandes banques privées européennes ainsi que les banques grecques ont été exposées. La crise bancaire a contribué à la crise de la dette souveraine grecque. Le gouvernement de George Papandreou a aidé à présenter les éléments d’une crise bancaire comme une crise de la dette souveraine en 2009 en mettant l’accent et en augmentant le déficit public et la dette.


2. Évolution de la dette publique grecque entre 2010 et 2015

Ce chapitre conclut que le premier accord de prêt de 2010 a principalement visé le sauvetage des banques privées et a permis aux banques de réduire leur exposition aux obligations d’État grecques.


3. La dette publique grecque en 2015

Ce chapitre présente la nature controversée de la dette actuelle de la Grèce, les principales caractéristiques des prêts, qui sont analysés plus en profondeur dans le chapitre 8.


4. Mécanisme de la dette en Grèce

Ce chapitre révèle les mécanismes des accords qui ont été mis en œuvre depuis mai 2010. Ils ont créé une quantité importante de nouvelle dette, tout en générant des coûts abusifs ainsi que l’approfondissement de la crise.

Les mécanismes révèlent que la majorité des fonds empruntés ont été transférés directement aux institutions financières. Plutôt que de bénéficier à la Grèce, ils ont accéléré le processus de privatisation, par l’utilisation d’instruments financiers .


5. Conditionnalités contre la durabilité

Ce chapitre présente comment les créanciers ont imposé des conditions intrusives attachés aux accords de prêt, ce qui a conduit directement à l’impossibilité économique et à l’insoutenabilité de la dette. Ces conditions, sur lesquelles les créanciers insistent encore, ont non seulement contribué à la baisse du PIB, mais aussi à un emprunt public plus élevé, faisant la dette de la Grèce plus insoutenable encore, mais a également provoqué des changements dramatiques dans la société, et a provoqué une crise humanitaire.

La dette publique de la Grèce peut être considérée comme tout à fait insoutenable à l’heure actuelle.


6. Impact des « programmes de sauvetage » sur les droits de l’homme

Ce chapitre conclut que les mesures mises en œuvre dans le cadre des « plans de sauvetage » ont directement affecté les conditions de vie des personnes et ont violé les droits de l’homme, que la Grèce et ses partenaires sont tenus de respecter, de protéger et de promouvoir en vertu du droit national et international.

Les ajustements drastiques imposés à l’économie grecque et à la société dans son ensemble ont provoqué une détérioration rapide du niveau de vie, et restent incompatibles avec la justice sociale, la cohésion sociale, la démocratie et les droits humains.


7. Les questions juridiques entourant les protocoles d’entente et de prêt

Ce chapitre soutient qu’il y a eu violation des droits de l’homme de la part de la Grèce elle-même et des prêteurs que sont les États membres de la zone euro, la Commission européenne, le Parlement Européen, la Banque Centrale et le Fonds monétaire International, qui ont imposé ces mesures à la Grèce.

Tous ces acteurs ont échoué à évaluer les violations des droits de l’homme comme un résultat des politiques qu’ils ont obligés de poursuivre, et ont aussi directement violé la Constitution grecque en dépouillant efficacement la Grèce de la plupart de ses droits souverains.

Les accords contiennent des clauses abusives, qui contraignent la Grèce à capituler sur des aspects importants de sa souveraineté. Ceci est imprimé dans le choix de la loi anglaise comme régissant le droit pour ces accords, ce qui a facilité le contournement de la Constitution grecque et les obligations internationales des droits de l’homme.

Il y a plusieurs indications qui montrent que les parties contractantes ont agi de mauvaise foi, ce qui rendent ces accords invalides.


8. Évaluation des dettes illégitimes, odieuses, illégale et la non-viables

Ce chapitre fournit une évaluation de la dette publique grecque selon les définitions relatives à la dette odieuse, illégitime, illégale et non viable adoptées par le Comité.

Ce chapitre conclut que la dette publique grecque, en date de juin 2015 est insoutenable, puisque la Grèce est actuellement incapable de rembourser sa dette sans compromettre gravement sa capacité à remplir ses obligations de base des droits humains. En outre, pour chaque créancier, le rapport fournit des preuves de cas indicatifs de dettes illégales, illégitimes et odieuses.


Dette envers le FMI

Elle doit être considérée comme illégale puisque qu’elle a violé les propres statuts du FMI, et ses conditions enfreignaient la Constitution grecque, le droit international coutumier, et les traités auxquels la Grèce est partie. Elle est également illégitime, puisque les conditions incluses empiétaient sur les obligations en matière de droits de l’homme. Enfin, elle est odieuse puisque le FMI savait que les mesures imposées étaient antidémocratiques, inefficaces, et conduiraient à de graves violations des droits socio-économiques.

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E. Toussaint présentant un document du FMI qui prouve que le fonds savait que ses mesures augmenteraient la dette grecque.


Dettes envers la BCE

Elles doivent être considérées comme illégales car la BCE a sur-intensifié son mandat en imposant l’application des programmes d’ajustement macro-économiques (par exemple la déréglementation du marché du travail) par l’intermédiaire de sa participation à la Troïka. Les dettes envers la BCE sont également illégitimes et odieuses, puisque la principale raison d’être du programme était de servir les intérêts des institutions financières, permettant aux grandes banques privées européennes et grecques de se débarrasser de leurs obligations grecques.


9. Les fondations juridiques pour la répudiation et la suspension de la dette souveraine grecque

Ce chapitre présente les options concernant l’annulation de la dette, et en particulier les conditions dans lesquelles un État souverain peut exercer le droit de répudiation ou la suspension du paiement de la dette en vertu du droit international.

Plusieurs arguments juridiques permettent à un État de répudier unilatéralement sa dette illégale, odieuse et illégitime. Dans le cas de la Grèce, un tel acte unilatéral peut être fondée sur les arguments suivants :

  • la mauvaise foi des créanciers qui ont poussé la Grèce à violer la loi nationale et les obligations internationales relatives aux droits de l’homme ;
  • la prééminence des droits humains sur les accords tels que ceux signés par les gouvernements précédents avec les créanciers ou la troïka ;
  • la coercition ;
  • les clauses abusives qui violent de manière flagrante la souveraineté grecque et violent la Constitution ;
  • et enfin, le droit reconnu en droit international à un Etat de prendre des contre-mesures contre les actes illégaux commis par ses créanciers, qui endommagent délibérément sa souveraineté budgétaire, l’obligent à assumer la dette odieuse, illégale et illégitime, violent l’autodétermination économique et les droits humains fondamentaux.


En ce qui concerne la dette insoutenable
, chaque État est légalement en droit d’invoquer la nécessité dans des situations exceptionnelles afin de sauvegarder les intérêts essentiels menacés par un péril grave et imminent. Dans une telle situation, l’État pourra être dispensé de l’accomplissement de ces obligations internationales qui augmentent le péril, comme cela est le cas avec les contrats de prêts en suspens.

Enfin, les États ont le droit de se déclarer unilatéralement insolvable quand le service de leur dette est insoutenable, dans ce cas, ils ne commettent aucun acte illicite et donc n’en portent pas la responsabilité.


La dignité des personnes vaut plus qu’une dette illégale, illégitime, odieuse et insoutenable

Ayant achevé son enquête préliminaire, le Comité estime que la Grèce a été et est la victime d’une attaque préméditée et organisée par le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européenne, et la Commission Européenne. Cette mission violente, illégale et immorale était exclusivement destinée à transférer la dette privée sur le secteur public.

En mettant ce rapport préliminaire à la disposition des autorités grecques et du peuple grec, le Comité estime avoir rempli la première partie de sa mission telle que définie dans la décision du président du Parlement du 4 Avril 2015. La commission espère que le rapport sera un outil utile pour ceux qui veulent sortir de la logique destructrice de l’austérité et défendre ce qui est aujourd’hui mis en péril : les droits humains, la démocratie, la dignité des peuples, et l’avenir des générations futures.


Source : Okeanews

Comment rendre la Banque mondiale responsable de ses actes devant la justice ?

Par Najib Akesbi

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Entre 2004 et 2013, deux projets initiés par la Banque mondiale ont causé le déplacement volontaire ou involontaire de 1 770 personnes au Maroc, selon une enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigations (ICIJ), qui révèle qu’au total les programmes de la banque ont causé le déplacement de plus de 3,35 millions de personnes dans le monde pendant cette période |1|. Devant de tels faits, il est indispensable de mettre fin à l’impunité de la Banque mondiale en la poursuivant en justice devant les juridictions nationales comme c’est actuellement le cas au Maroc avec le procès historique intenté par trois chercheurs marocains sur un autre cas de violation commise par cette institution.

La Banque mondiale est un acteur majeur qui détermine largement les choix et les politiques publiques de la plupart des pays dits en développement. Ceci est une vérité que plus personne ne conteste depuis longtemps, à commencer par ceux-là mêmes qui y travaillent ou y ont travaillé à de hauts postes de responsabilité comme Joseph Stiglitz qui a été le vice-président de la Banque mondiale de 1997 à 2000 . Dès lors, la question capitale qui se pose est bien celle de la responsabilité de l’Institution en question, au regard des décisions et des actes qu’elle conduit les gouvernements à adopter dans les pays où elle intervient. Responsabilité politique bien sûr, mais responsabilité juridique aussi.

La responsabilité politique procède des fondements mêmes de tout système démocratique digne de ce nom. Celui-ci doit reposer sur la trilogie : Légitimité – Responsabilité – Redevabilité… Les politiques publiques acquièrent leur légitimité démocratique parce qu’elles ont été validées dans les urnes avec le programme du parti (ou des partis) ayant obtenu la confiance des électeurs ; Elles sont ensuite mises en œuvre en pleine responsabilité par ceux-là mêmes ayant été mandatés pour cela ; Arrivés à l’issu de leur mandat, ces derniers sont alors en mesure, et en devoir, de rendre compte de leurs actes, redevables de leurs politiques et de leurs résultats devant les citoyens qui les avaient élus…

On peut se demander s’il est vraiment utile ici de rappeler de telles évidences, mais dans le cas de la Banque mondiale et plus généralement des institutions financières internationales, cela est hélas plus que nécessaire. La raison en est que cette Institution qui, au demeurant passe son temps à donner des leçons de « bonne gouvernance » au monde entier, est bien la dernière à manifester le moindre respect pour ces principes consubstantiels à toute profession de foi démocratique.

Entendons-nous bien. Nous n’évoquons pas ici des interventions ponctuelles justifiées par des circonstances plus ou moins exceptionnelles, mais de véritables « stratégies de développement » élaborées et mises en œuvre dans la durée, et assorties de lignes de crédit conséquentes. Quand la Banque mondiale s’applique pendant des décennies à initier, élaborer, financer, accompagner des plans de « développement » (sous des appellations qui vont certes évoluer avec le temps : programmes d’ajustement structurels, Country assistance strategy, Country partnership strategy…), il est évident qu’on est pour le moins face à une co-responsabilité, l’une qui est interne, celle des gouvernants du pays « assisté », et l’autre, externe, celle de l’organisation internationale qui détermine de bout en bout le processus en question.


Le cas du Maroc : une implication cinquantenaire

Prenons à titre d’exemple le cas du Maroc. La Banque mondiale intervient au Maroc depuis 1964, lors de la première crise financière du pays nouvellement indépendant. Tout observateur attentif, et objectif, des politiques publiques conduites dans ce pays peut sans mal affirmer que depuis plus de cinquante ans maintenant, la Banque mondiale a bel et bien été, d’une manière ou d’une autre, partie prenante à toutes les stratégies, tous les « plans » (nationaux ou sectoriels), tous les « programmes » (qualifiés de « structurels » ou pas), bref, toutes les politiques économique, sociales, financières conduites dans ce pays… Avec les résultats que l’on sait ! (pour tout dire en quelques mots, il faut savoir que, 60 ans après son indépendance, le Maroc réalise un PIB par tête qui ne dépasse guère 3000 dollars, et un Indicateur de développement humain de 0.617 qui le classe au 129e rang parmi les 187 pays classés par le PNUD).

Est-il juste, est-il seulement raisonnable dans ces conditions de décharger de toute responsabilité une Institution qui a été de tous les choix et de toutes les décisions ? Avec les gouvernants du pays, n’est-elle pas elle aussi responsable de ses échecs et des déboires de son économie ? Serait-il insensé de demander à la Banque mondiale de rendre compte de ses actes à la population qui en a tant subi les conséquences ? La « bonne gouvernance » n’exige-elle pas que la Banque mondiale fasse preuve de transparence, d’humilité, d’esprit autocritique, ne serait-ce que pour permettre au pays de tirer les leçons d’une expérience pour le moins décevante, et mieux préparer l’avenir ?

L’autre responsabilité est juridique, voire judiciaire. Cette responsabilité a été longtemps purement et simplement niée. Ces Institutions seraient, selon leur propres affirmations, des organisations internationales qui jouissent de « l’immunité diplomatique » et ne pourraient pas de ce fait être poursuivies en justice dans les pays où elles interviennent. Pourtant, de telles organisations, particulièrement celles parmi elles qui agissent en tant qu’acteurs et opérateurs économiques et financiers, comme c’est le cas de la Banque mondiale, effectuent en permanence des opérations à caractère commercial, signent des contrats et s’engagent vis-à-vis de tiers. Personne n’étant parfait ni infaillible, elles peuvent pour une raison ou une autre ne pas tenir leurs engagements, voire être coupables de manquements ou d’infractions portant préjudice à leurs partenaires ou à des tiers quelconques ? Et que dire de financements de projets générateurs de chômage ou destructeur de ressources naturelles ? Comment dès lors imaginer que les organisations responsables de tels actes ne puissent pas être justiciables ? Comment accepter que « l’immunité diplomatique » puisse s’étendre même à des infractions de droit commun ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est néanmoins ce que la Banque mondiale n’a cessé de faire valoir… du moins jusqu’à récemment.


La Banque mondiale devant la Justice marocaine

Car il faut savoir que depuis quelque temps, un énorme tabou est en effet tombé : la Banque mondiale est désormais justiciable devant les juridictions des pays où elle dispose d’une antenne permanente. Comment en est-on arrivé à ce résultat décisif ?

L’affaire remonte à 2010, lorsque trois chercheurs marocains (dont l’auteur de ces lignes) constatent que « l’équipe de coordination » de la Banque mondiale à Washington a tout bonnement falsifié des données de l’étude qu’ils avaient réalisée dans le cadre d’un programme de recherche international appelé RuralStruc |2|. Ayant refusé de valider scientifiquement les résultats indûment modifiés, les chercheurs se voient dépossédés du fruit de leur travail et mis à l’index. Pire, leur rapport, modifié sur des aspects essentiels, est ensuite publié contre leur volonté. Après avoir saisi, et pu apprécier l’inanité des instances dites « d’éthique et de médiation » de la Banque mondiale, les chercheurs ont alerté le gouvernement marocain et fait déposer une question orale sur le sujet à la première chambre du Parlement. En vain. Toutes les démarches à ce niveau ont simplement servi à prendre la mesure de l’influence écrasante de la Banque mondiale sur des gouvernants par ailleurs, il est vrai, plus que jamais en demande de la bénédiction, et des crédits de l’Institution internationale…

Il a fallu alors en arriver au recours à la Justice. Les chercheurs avaient en effet pris connaissance du livre d’Eric Toussaint, « Banque mondiale, le coup d’état permanent » |3|, dans lequel l’auteur consacre un chapitre pour expliquer comment, contrairement à l’idée reçue, l’Institution de Bretton Woods est tout à fait justiciable dans les pays où elle possède « un Bureau », en vertu de l’article 7, section 3 de ses propres statuts. Le Maroc abritant un tel « Bureau » depuis 1998, ils ont alors porté plainte contre la Banque mondiale auprès du Tribunal de Première Instance de Rabat pour Faux, usage de faux, usurpation de noms et de biens. Bien sûr, les pressions et les manœuvres de toute sorte n’ont pas manqué pendant près de deux ans pour refuser la convocation du Tribunal par voie d’huissier de justice. L’avocat des plaignants, Me Jamaï, ancien bâtonnier, militant respecté des droits de l’homme et président de l’association contre la peine de mort au Maroc, a dû alors s’adresser directement au président de la Banque mondiale à Washington pour lui signifier que le « Bureau » de son organisation à Rabat ne respecte ni ses propres statuts ni la juridiction du pays hôte… Sans être sûr du lien de cause à effet, Force est de constater que quelques mois plus tard, le « miracle » s’est produit : le « Bureau » de la Banque mondiale à Rabat a soudain accepté de prendre acte de la convocation du Tribunal et même nommé un avocat pour le représenter.

Là est l’essentiel : une première mondiale. Pour la première fois donc, la Banque mondiale a admis qu’elle est justiciable et a donc accepté de se présenter devant la Justice d’un pays où elle dispose d’une antenne permanente. Le tabou est donc tombé et c’est un acquis considérable.

Certes il faut rester lucide et nous n’en sommes qu’au début du chemin, un chemin qui promet d’être parsemé de pressions, de manœuvres et de coups pas très glorieux… Mais ceci est une autre histoire et ce n’est pas l’objet de notre propos ici. Le principal message que nous voulons émettre ici est le suivant : Oui la Banque mondiale est justiciable et la brèche ouverte au Maroc peut désormais être enfoncée partout dans le monde. Dans tous les pays où la Banque mondiale dispose d’une antenne permanente, des personnes ou des groupements de personnes qui estiment être victimes d’un préjudice lié à des actes de cette Institution internationale, peuvent désormais porter plainte devant la Justice de leur pays, en faisant valoir les propres statuts de la « Banque » et le précédent marocain…

Notes

|1| http://www.icij.org/project/world-b…

|2| Cf. Trois articles relatifs à cette question sur le site de CADTM :
http://cadtm.org/RuralStruc-le-prog… ; http://cadtm.org/Proces-de-chercheu… ; http://cadtm.org/Attac-Maroc-s-inte…

|3| Disponible en fichier pdf sur : http://www.cadtm.org/Banque-mondial….

Auteur: Najib Akesb Économiste, professeur de l’enseignement supérieur, Rabat.

Parution de notre livre collectif : « Accords de libre-échange, des accords coloniaux contre les peuples »

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En pleine crise économique mondiale, l’Union européenne essaie d’imposer à ses voisins du Sud et de l’Est une nouvelle génération d’accords de libre-échange, dits Accords de libre-échange complets et approfondis (ALECA) visant à renforcer l’ouverture de ces pays aux marchés mondiaux et à les arrimer plus solidement à l’Europe en mettant en place une harmonisation de leurs réglementations et législations avec les normes européennes. Le Maroc est le premier pays à négocier ce type d’accord pour la rive sud de la Méditerranée.
Les retombées d’un tel accord sont considérables pour le pays et pour ses citoyens, qui, sans qu’ils n’en aient entendu parler ou aient pu exprimer leur point de vue sur la question, subissent au quotidien les conséquences d’une ouverture qui a complètement transformé les règles du jeu économique et social, mettant en péril l’avenir de son agriculture, de son tissu industriel, contribuant fortement à la crise structurelle de l’emploi et au niveau insupportable du chômage, aggravant les déséquilibres de ses comptes extérieurs et plaçant l’économie marocaine dans une dépendance accrue et sans défense face à une concurrence totalement déséquilibrée.
A notre modeste niveau, nous souhaitons donner dans cet ouvrage collectif quelques éléments d’information et de débat, de façon à permettre aux citoyens de se saisir de ce dossier.

Ont collaboré à cet ouvrage
Najib AKESBI
Omar AZIKI
Lucile DAUMAS
Salaheddine ELMAIZI
Othman Mellouk
Brahim OUBAHA
Mimoun RAHMANI

Titres:

Le libre-échange dans le contexte de la mondialisation libérale                                       Lucile Daumas

Les impacts des accords de libre-échange conclus par le Maroc :                               Accentuation de la dépendance et pillage des ressources  / Omar Aziki

Libre échange complet et approfondi : des accords néocoloniaux                          Brahim Oubaha

Négociations des ALE : la démocratie au placard  / Salaheddine Lemaizi

La question agricole au sein des accords de libre échange et de partenariat signés par le Maroc  / Najib Akesbi

Encart : Une histoire de tomates / Omar Aziki

Libre échange et santé des citoyens : haro sur des accords toxiques                           Othman Mellouk

Encart : Le cas du traitement de l’hépatite C, le Sofosbuvir : 600 000 patients marocains privés de ce médicament 

Accord de Libre-Echange Maroc-UE : déséquilibre financier et endettement        Mimoun Rahmani

Circulation des personnes : un échange  à sens unique                                                 Lucile Daumas

 

Las derivas del Foro Social Mundial : ¿hacia el final del proceso?

Las derivas del Foro Social Mundial: ¿hacia el final del proceso?

Mimoun Rahmani

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Génesis del FSM

El Foro Social mundial (FSM) nació como consecuencia de la aparición del movimiento antiglobalización durante la década de 1990, especialmente el levantamiento de los Zapatistas contra el Tratado de Libre Comercio de América del Norte (TLCAN) en 1994, la campaña contra el acuerdo multilateral sobre inversiones (AMI) en 1998 y la gran movilización en 1999 en Seattle contra la Cumbre de la OMC, con cerca de 50 000 participantes provenientes del mundo entero.

Se trataba de un contexto político e ideológico caracterizado por la caída del Muro de Berlín y el final de la guerra fría que dio lugar a la hegemonía de USA y de la ideología liberal, pero también a la aparición de movimientos sociales en lucha contra las políticas ultraliberales dictadas por las instituciones económicas internacionales (FMI, BM, OMC) en el marco del Consenso de Washington.

Los enemigos del FSM fueron pues bien identificados: el Foro Económico Mundial de  Davos, el Fondo Monetario Internacional, el Banco Mundial,  la Organización Mundial del Comercio, las multinacionales, USA como imperio …

La carta de principios de Porto Alegre define el FSM como « un espacio abierto de reflexión, de debate de ideas democráticas, de formulación de propuestas, de  intercambio de experiencias y de articulación con miras a acciones eficaces entre los movimientos sociales y las organizaciones de la sociedad civil que se oponen al neoliberalismo y a la dominación del mundo por el capital y toda forma de imperialismo…»

El Foro Social mundial no es pues un simple acontecimiento de debate de ideas y de propuestas de alternativas al neoliberalismo. Es también un proceso continuo que contempla la construcción de acciones conjuntas a escala planetaria. En otras palabras, el FSM deberá desempeñar el papel de catalizador de las luchas sociales, hacerlas más visibles, con el propósito global de reforzar la lucha común contra el neoliberalismo y, de una manera general contra la globalización capitalista, con el fin de revertir las correlaciones de fuerza a nivel mundial.

Sin embargo, el FSM conoce derivas cada vez más graves que provocaron su « agotamiento » [1],  al hacer de este espacio una simple feria Internacional de asociaciones y ONG de desarrollo. Comercialización a ultranza en el seno del espacio del Foro, subcontratación de algunos aspectos de la organización a empresas privadas, gastos de inscripción elevados, presencia de delegaciones oficiales y de los fundamentalistas islámicos, financiación del Foro por gobiernos antidemocráticos y otras fuentes de financiación inciertas, registro de actividades en total contradicción con la Carta de Principios del FSM…

Se suma a esto la crisis interna que experimenta el Consejo Internacional (CI) del FSM cuyas comisiones ya no están en funcionamiento, ni tampoco el grupo de enlace que desempeñó el papel de coordinarlas y de preparar las reuniones del Consejo. Las decisiones eran  preparadas la mayoría de las veces de antemano por una minoría que controla el CI, esencialmente miembros de las grandes ONG cuya presencia e influencia son cada vez más importantes ante la poca representatividad de los movimientos sociales y de los movimientos de lucha dentro del CI.

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¡La esperanza de Túnez 2013 evaporada después de « Túnez 2015 »!

¡El FSM de Túnez 2013 ha dado un nuevo impulso al proceso, o por lo menos un soplo de esperanza! El proceso revolucionario y las revueltas populares en Túnez y otros lugares del mundo árabe permitieron realizar un Foro más o menos exitoso en comparación con las ediciones precedentes, particularmente las realizadas en tierra africana (Nairobi en 2007 y Dakar en 2011).  Fue también el  balance positivo de la CI que empujó a sus miembros a tomar la decisión  de celebrar la segunda edición consecutiva en Túnez en 2015. Se esperaba entonces una evolución con relación a 2013, tanto en términos de movilización y de organización como en lo que respecta a la participación de los movimientos sociales de lucha y la articulación entre los movimientos de las acciones conjuntas concretas. Desgraciadamente el resultado obtenido fue decepcionante, a pesar de los grandes debates en algunos talleres y las conclusiones interesantes de algunas asambleas de convergencia que propusieron fechas de acciones conjuntas [2].

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Las derivas del FSM 2015

La  13ava edición del FSM tenía como desafíos garantizar una participación importante, tanto como la de 2013, de hacer converger las luchas de los movimientos sociales, especialmente en la región que está experimentando una ebullición de movimientos de contestación: movilizaciones contra la explotación de gas de esquisto en Argelia, el movimiento de profesores en huelga en Argelia y Túnez, la lucha de los diplomados  desempleados por su derecho al trabajo… y los levantamientos populares en África (Burkina Faso, Togo, Congo …), en Europa (especialmente Grecia y España) y América Latina. El tercer reto era el de facilitar la construcción de agendas comunes contra las instituciones financieras internacionales y el sistema de la deuda, contra la explotación de los recursos naturales por parte de las multinacionales, contra los tratados neoliberales de libre comercio, contra la regresión de los derechos humanos más básicos, la violencia contra las mujeres, por la justicia climática y la soberanía alimentaria, la justicia social y la paz … El cuarto desafío era de orden organizativo y de seguridad, es decir garantizar la calidad necesaria de organización y de interpretación y evitar la violencia y los disturbios que pueden causar los enfrentamientos políticos, como ocurrió en ediciones anteriores

Al aproximarse el FSM, los temores crecían y algunos de ellos se confirmaron. En primer lugar sobre la cuestión de la movilización, a pesar de la inscripción de un gran número de organizaciones (más de 4.000) y no menos de 1.200 actividades registradas, la participación  fue menor que en 2013. ¡Las estimaciones del Comité de organización son del orden de 45.000 participantes pero esta es una cifra bastante sorprendente y ciertamente « inflada»! No se ha basado ni sobre el número de insignias distribuidas ni sobre las inscripciones confirmadas.

Otro aspecto que merece ser destacado; a saber, la cuasi-incapacidad de los movimientos realmente en lucha de participar en este Foro. Si bien hubo debates sobre Grecia, sobre España, sobre los movimientos actuales de protesta en África (Burkina Faso, Togo, Congo…), pero esos movimientos de lucha, y de manera general aquellos llamados « los nuevos movimientos» no estaban presentes.

El 27 y el 28 de marzo se programaron treinta asambleas de convergencia. Sin embargo, se organizaron talleres autogestionados en paralelo. Esto es lo que justifica la baja participación en las asambleas. Esta metodología no ha facilitado las convergencias.

Es asimismo importante subrayar que ciertos contenidos de algunas actividades estaban en contradicción total con la Carta de Principios del FSM: organizaciones que defienden las agendas del Banco Mundial, la celebración de actividades que defienden los acuerdos de asociación entre la UE y los países de la orilla meridional del Mediterráneo, otros que hablan de empresariado en economía solidaria, etc. El programa del Foro también ha sido patrocinado por las empresas tunecinas (TÚNEZ TELECOM, TUNISAIR, TRANSTU) ¡Se añade a esto la fuerte presencia de los islamistas que distribuían gratuitamente libros de propaganda religiosa! ¡Así como partidos islamistas entre ellos el partido marroquí « Al Adl wal Ihsane » («Justicia y espiritualidad») que hasta tenía su stand en la facultad de derecho!

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La presencia de una importante delegación pro régimen argelino (alrededor de 1.200 participantes apoyados por el gobierno) y de una delegación oficial marroquí aterrorizaron el Foro y perturbaron la realización de determinadas actividades. El comité organizador debía  hacer una conferencia de prensa el 27 de marzo por la mañana para denunciar la violencia causada por la delegación argelina (¡sin citar la delegación oficial marroquí!) Pero dicha conferencia fue perturbada por la misma delegación.

Otro gran problema: la interpretación. El Comité de organización tunecino ha preferido formar un grupo de voluntarios locales, especialmente estudiantes de idiomas y  profesores de traducción sin recurrir a la experiencia y el conocimiento de la red Babels reconocida por su experiencia, su competencia y su implicación política en el proceso del FSM y que hasta la fecha ha asegurado la interpretación de las distintas ediciones del FSM. El Comité local consideró que los intérpretes de Babels son « costosos y exigentes », contentándose con voluntarios que tienen muy poca experiencia y cuyo número era demasiado insuficiente. Este enfoque llevó a la red Babels a tomar la decisión de boicotear el FSM Túnez 2015 [3] Por otro lado, las condiciones de trabajo para los intérpretes eran muy difíciles (ningún material adaptado, sin per diem, sin alimentación…) lo que los empujó a observar una huelga la tarde del 27 de marzo mientras se celebraban algunas asambleas de convergencia.

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FSM Túnez 2015: ¡un Foro antiterrorista!

Después del ataque al Museo del Bardo en Túnez el 18 de marzo en el que murieron 22 personas, el Comité organizador del FSM convocó una sesión de urgencia e hizo un comunicado en el que anunció la celebración del Foro y su decisión de cambiar el itinerario de la marcha de apertura del Foro que ahora partiría desde la plaza Bab Saadoun hacia al museo del Bardo, bajo el lema « los pueblos del mundo contra el terrorismo»!  El comunicado también habló de la creación de una comisión en el seno del Consejo Internacional para la redacción de « la Carta Internacional altermundialista del Bardo de lucha contra el terrorismo. »

¡Desde entonces, el FSM se exhibía como acontecimiento antiterrorismo y los medios de comunicación tunecinos sólo hablaban de los altermundialistas que venían a Túnez para « denunciar el terrorismo »! Afortunadamente varios miembros del CI del FSM y otros activistas internacionales reaccionaron rápidamente y expresaron su preocupación. Una reunión de  los movimientos sociales internacionales con el Comité de organización, celebrada el 22 de marzo, permitió clarificar las cosas y ponerse de acuerdo sobre el lema de la marcha de apertura: « Los pueblos del mundo unidos por la libertad, la igualdad, la justicia social y la paz, en solidaridad con el pueblo tunecino y todas las víctimas del terrorismo y todas las formas de opresión ». Los movimientos sociales se han negado a que el FSM sea considerado como un evento contra el terrorismo y precisaron que en realidad existen varias formas de terrorismo y que el terrorismo es alimentado por el imperialismo internacional.

¡A pesar de esas aclaraciones la marcha de apertura en su conjunto fue una manifestación contra el terrorismo, tal como lo informaron la prensa y los medios de comunicación tunecinos que anunciaban que las organizaciones de la sociedad civil internacional manifestaban en Túnez contra el terrorismo!

El tema del terrorismo  que se invitó al debate (incluida la reunión del CI del FSM) muestra que dentro del propio FSM  están aquellos que siguen la línea del imperialismo y aquellos que lo combaten.

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¿El futuro del FSM?

Es evidente que en la actualidad el Foro Social mundial está en crisis, así como su Consejo Internacional. Fue recuperado por los defensores de un « liberalismo con rostro humano », aquellos que consideran el Foro como un simple acontecimiento. La lucha contra el sistema capitalista no está en el orden del día y no constituye una agenda común de los diferentes componentes de la dinámica del FSM. ¡El futuro del proceso es entonces incierto!

En otras palabras, el FSM se ha replegado sobre sí mismo y ya no aspira a hacer contrapeso al Foro Económico mundial de Davos o cualquier otra instancia del neoliberalismo. Ya no tiene objetivos en términos de enemigos a combatir. Peor aún, se pone bajo el redil del imperio (cf. Lucha contra el terrorismo). De hecho, ya no tiene una brújula política.

Además, el FSM nunca logró ser realmente un foro donde se expresan los movimientos de lucha. Sólo las organizaciones estructuradas son capaces de financiar los viajes de algunos militantes. Es muy raro que se piense en aquellos que están en el terreno.

La Asamblea de los Movimientos Sociales (ASM), que era el último momento del FSM durante  los primeros años, y que apelaba a cada edición a jornadas de acción y movilizaciones a escala mundial, ha sido vaciada de su significado por la estrategia y la metodología establecida por el CI. ¡Ella ahora esta marginalizada y colocada al mismo nivel que otras asambleas de convergencia! La idea era justamente romper la dinámica de la AMS que específicamente se posiciona en el campo de las alternativas a la globalización capitalista. Y los mismos movimientos sociales han contribuido a ello con su retiro y su desinterés, particularmente los principales movimientos internacionales que iniciaron esta dinámica.

Los movimientos sociales, especialmente aquellos que conforman la AMS, así como los diversos movimientos que luchan por la justicia social a nivel mundial, son llamados a una mayor coordinación y concertación con miras a la lucha común, incluso más allá del FSM, para fortalecer la lucha contra la globalización capitalista con miras a otro mundo más justo y equitativo.

Notas

[1] Por qué el Foro Social Mundial se ha agotado, por Emir Sader, sociólogo y politólogo brasileño, nov. de 2013

 [2] Ver especialmente la Declaración de la Asamblea de los Movimientos Sociales – Foro Social Mundial 2015

[3] Ver Comunicado: Babels no participará en la organización del FSM 2015

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Fotos Mikaël Doulson Alberca



Merci à Tlaxcala
Source: http://cadtm.org/Les-derives-du-Forum-social
Date de parution de l’article original: 20/04/2015
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=14520

The abuses of the World Social Forum: Towards the end of the process?

P1070680

Genesis of the WSF

The World Social Forum (WSF) was born following the emergence of the anti-globalisation movement in the 1990s, including the Zapatista uprising against NAFTA in 1994, the campaign against the Multilateral Agreement on Investment (MAI) in 1998 and the great mobilisation in 1999 in Seattle against the WTO summit, with nearly 50,000 participants from around the world.

by Mimoun Rahmani
22 April 2015

The political and ideological context was marked by the dismantling of the Berlin Wall and the end of the Cold War which led to the hegemony of the United States and liberal ideology, but also by the emergence of social movements fighting against the ultra-liberal policies dictated by the international economic institutions (IMF, WB, WTO) as part of the Washington Consensus.

The enemies of the WSF were therefore well identified: the World Economic Forum in Davos, the International Monetary Fund, the World Bank, the World Trade Organization, the multinationals, the United States as an empire…

The Charter of Principles of Porto Alegre defines the WSF as “An open space for reflection, democratic debate of ideas, formulation of proposals, exchange of experiences and interlinking for effective action among social movements and civil society organisations that are opposed to neoliberalism and to the domination of the world by capital and any form of imperialism…”

The World Social Forum is therefore not simply an event for the debate of ideas and proposing alternatives to neoliberalism. It is also an ongoing process that involves the construction of common actions on a global scale. In other words, the WSF will have to be a catalyst for social struggles, and to make struggles more visible, with the overall objective of reinforcing the common battle against neoliberalism and, in general, against capitalist globalisation, to help reverse the balance of power in the world.

Meanwhile, the WSF is aware of more and more serious abuses that have “reduced (it) to insignificance” |1| , making it into a simple international fair for associations and development NGOs. Excessive commercialisation in the heart of the Forum area, outsourcing certain aspects of the organization to private companies, high fees, the presence of official delegations and Islamist fundamentalists, funding of the Forum by undemocratic governments and other uncertain funding sources, activities recorded in complete contradiction with the principles of the WSF Charter…

Add to that the internal crisis of the International Council (IC) of the WSF whose commissions are no longer operational, as well as the liaison group that played the role of coordination between the commissions and prepared Council meetings. Decisions are most often prepared in advance by a minority that controls the IC, mostly members of large NGOs whose presence and influence are increasingly important faced with the weakness of social movements and movements for change.

The hope of Tunis 2013 evaporated after “Tunis 2015”!

The WSF in Tunis 2013 gave a new impetus to the process, or at least a little hope! The revolutionary process and the popular uprisings in Tunisia and elsewhere in the Arab world have achieved a Forum more or less successful in comparison with the previous editions, including those held on African soil (Nairobi in 2007 and Dakar in 2011). This is also the positive conclusion drawn by the IC that pushed its members to take the decision to organise a second consecutive forum in Tunisia in 2015. Compared to 2013, a change was expected, both in terms of mobilisation and organisation in regard to the involvement of social movements for change, and articulation between movements for common concrete actions. Unfortunately the result was disappointing, despite very good debates in some workshops and some interesting conclusions from certain convergence assemblies which proposed joint action dates |2|.

The excesses of the WSF 2015

The 13th edition of the WSF faced the challenge of ensuring significant participation, as much as that of 2013 to bring together the struggles of social movements, especially in the region that is experiencing protests boiling over: protests against the shale gas development in Algeria, the movement of striking teachers in Algeria and Tunisia, unemployed graduates fighting for their right to work… and the popular uprisings in Africa (Burkina Faso, Togo, Congo…), in Europe (particularly in Greece and Spain) and Latin America. The third challenge was to facilitate the construction of common agendas against the international financial institutions and the debt system, against the exploitation of natural resources by multinationals, against neo-liberal free trade treaties, against the regression of the most basic human rights, against violence against women, for climate justice and food sovereignty, social justice and peace … The fourth challenge was for the organisational and security sectors, that is to say assure a required quality of organisation and interpretation and avoid violence and disturbances that political clashes can cause as happened in previous years.

As the WSF approached fears were growing, and some of them were confirmed. First on the issue of mobilisation, despite the inclusion of a large number of organisations (over 4,000) and no less than 1200 recorded activities, participation was lower than in 2013.The estimates of the organising committee are of the order of 45,000 participants, but this is a quite surprising figure which is certainly “inflated”! It was not based on the number of badges distributed or on confirmed registrations.

Another aspect that should be highlighted; i.e. the near inability of some movements really struggling to participate in this Forum. Certainly, there have been debates on Greece, on Spain, the current protests in Africa (Burkina Faso, Togo, Congo…) but these movements, and in a general manner the so-called “new movements” were not present.

On 27 and 28 March around thirty convergence assemblies were scheduled. However self-managed workshops were organised in parallel. This is what accounted for the low participation in the meetings. This methodology did not facilitate the convergences.

It is also important to note that some content of some activities were in contradiction with the WSF Charter of Principles: organisations defending the agendas of the World Bank, activities that defend the partnership agreements between the EU and the countries of the southern shore of the Mediterranean, others who talk about entrepreneurship in solidarity-based economy, etc. The Forum program was also sponsored by Tunisian enterprises (TUNISIA TELECOM TUNISAIR, TRANSTU …). Add to that the strong presence of religious Islamists distributing free religious propaganda books! As well as Islamist parties like the Moroccan party “Al Adl wal Ihsane” (Justice and Spirituality), which even held its stand at the Law School!

The presence of a strong delegation of Algerian pro-regime (about 1200 participants supported by the government) and a Moroccan official delegation panicked the Forum and disrupted the conduct of certain activities. The organising committee had to do a press conference on March 27th in the morning to denounce the violence caused by the Algerian delegation (without citing the official Moroccan delegation!) but that conference was disrupted by the same delegation.

Another very big problem: interpretation. The Tunisian organisation committee preferred to form a group of local volunteers, including language students ​​and translation teachers, without using the experience and expertise of the Babels network recognised for its experience, competence and political involvement with the WSF process, which has so far provided interpretation for the various editions of the WSF. The Local Committee, having found that Babels interpreters are “expensive and demanding!”, contented themselves with volunteers with very little experience and whose number was very inadequate. This has led the Babels network to make the decision to boycott WSF Tunisia 2015 |3|. Also working conditions for performers were very difficult (no adapted material, no per diem, no food …) which led them to strike in the afternoon of March 27 while some convergence assemblies took place.

WSF Tunis 2015: an Anti Terrorism Forum!

After the attack on the Bardo Museum in Tunis on March 18th that killed 22 people, the WSF organizing committee met in emergency and made ​​a statement in which it announced the continuation of the Forum and its decision to change the route of the Forum’s opening march which would now leave instead from Bab Saadoun towards the Bardo museum under the slogan “The peoples of the world against terrorism”! The statement also spoke of the creation of a committee within the International Council for the drafting of the “anti-globalization international charter of Bardo for the fight against terrorism.”

Therefore, the WSF advertised itself as an anti-terrorism event and the Tunisian media event spoke only of anti-globalists coming to Tunisia to “denounce terrorism”! Fortunately, several members of the IC of the WSF and other international activists responded quickly and expressed their concerns. A meeting of international social movements with the organizing committee, held on 22nd March, helped clarify and agree on the slogan of the opening march: “The peoples of the world united for freedom, equality, social justice and peace, in solidarity with the Tunisian people and all victims of terrorism and all forms of oppression”. Social movements have refused that the WSF could be considered an event against terrorism, and stated that there are several forms of terrorism and that terrorism is fed by international imperialism.

Despite these clarifications the opening march was globally a protest against terrorism, and as such was reported by the press and the Tunisian media announcing that the organisations of international civil society demonstrated in Tunis against terrorism!

The issue of terrorism, which was invited to the debate (including the IC meeting of the WSF) shows that within the WSF itself there are those who put themselves in the wake of imperialism and those who fight it.

The future of the WSF?

It is clear that the World Social Forum is currently in crisis, as well as its International Council. It was recovered by the supporters of a “liberalism with a human face!”, those who see the Forum as a simple event. The struggle against the capitalist system is not on the agenda and is not a common agenda of the various components of the dynamics of the WSF. The future of the process is therefore uncertain!

In other words, the WSF is inward-looking and not intended to counteract the World Economic Forum in Davos or any other neoliberal body. It has no more objectives in terms of enemies to fight. And worse, it sits in the empires lap (cf. fight against terrorism). In fact, it is without a political compass.

In addition, the WSF has never managed to actually be a forum for movements to express themselves. Only structured organisations are able to finance the travels of a few militants. There has been very little attention paid to the grassroots.

The Assembly of Social Movements (ASM), which was the last minute of the WSF in the early years, and calls at each edition for action days and mobilisations worldwide, has been rendered meaningless by the strategy and methodology established by the IC. It is now marginalised and placed at the same level as other convergence assemblies! The idea was to break the momentum of the AMS which positions itself concretely in the field of alternatives to capitalist globalisation. And social movements themselves have contributed to this by their withdrawal and disinterest, including some major international movements that had initiated this dynamic.

Social movements, especially those that make up the AMS, and the various movements fighting for global social justice, are called to more coordination and cooperation for the common struggle, even beyond the WSF, to strengthen the fight against capitalist globalization for a more just and equitable world.

Translated by Jenny Brighthttp://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=14499

Photos Mikaël Doulson Alberca

notes articles:
|1| The World Social Forum reduced to insignificance, by Emir Sader, a Brazilian sociologist and political scientist

|2| See in particular the Declaration of the Assembly of Social Movements – World Social Forum 2015

|3| See press release of Babels network: Babels will not participate in the 2015 WSF

infos article
URL: http://www.cadtm.orgMimoun Rahmani is a member of ATTAC / CADTM Morocco and representative of the International CADTM Network in the International Council of the World Social Forum.

Les dérives du Forum social mondial Vers la fin du processus ?

 

Par Mimoun Rahmani[i]

Genèse du FSM

Le Forum social mondial (FSM) est né suite à l’émergence du mouvement anti-mondialisation pendant les années 1990, notamment le soulèvement des zapatistes contre l’ALENA en 1994, la campagne contre l’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) en 1998 et la grande mobilisation en 1999 à Seattle contre le sommet de l’OMC, avec près de 50000 participants venus du monde entier.

C’était un contexte politique et idéologique marqué par le démantèlement du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide ayant entrainé l’hégémonie des Etats Unis et de l’idéologie libérale, mais aussi par l’émergence des mouvements sociaux en lutte contre les politiques ultralibérales dictées par les institutions économiques internationales (FMI, BM, OMC) dans le cadre du Consensus de Washington.

Les ennemis du FSM étaient donc bien identifiés : le Forum économique mondial de Davos, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’organisation mondiale du commerce, les multinationales, les Etats Unis en tant qu’empire…

La charte de principes de Porto Alegre définit le FSM comme étant « Un espace ouvert de réflexion, de débat d’idées  démocratiques, de formulation de propositions, d’échange d’expériences et d’articulation en vue d’actions efficaces entre les mouvements sociaux et organisations de la société civile qui s’opposent au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme… »

Le Forum social mondial n’est donc pas un simple évènement de débat d’idées et de proposition d’alternatives au néolibéralisme. Il est aussi un processus continu qui vise la construction d’actions communes à l’échelle planétaire. En d’autres termes, le FSM devra jouer le rôle de catalyseur des luttes sociales, rendre les luttes plus visibles, dans l’objectif global de renforcer la lutte commune contre le néolibéralisme et, d’une manière générale, contre la globalisation capitaliste, afin de contribuer à inverser les rapports de force au niveau mondial.

Cependant, le FSM connait des dérives de plus en plus graves qui l’ont « réduit à l’insignifiance »[ii], faisant de cet espace une simple foire internationale des associations et ONG de développement. Commercialisation à outrance au sein de l’espace du Forum, sous-traitance de certains aspects de l’organisation à des sociétés privées, frais d’inscription élevés, présence de délégations officielles et des intégristes islamistes, financement du Forum par des gouvernements antidémocratiques et d’autres sources de financement incertaines, enregistrement d’activités en totale contradiction avec la charte de principe du FSM…

S’ajoute à cela la crise interne que connait le Conseil international (CI) du FSM dont les commissions ne sont plus opérationnelles, ni d’ailleurs le groupe de liaison qui jouait le rôle de coordination entre les commissions et préparait les réunions dudit conseil. Les décisions sont le plus souvent préparées à l’avance par une minorité qui contrôle le CI, essentiellement des membres des grandes ONG dont la présence et l’influence sont de plus en plus importantes devant la faiblesse des mouvements sociaux et des mouvements de lutte.

L’espoir de Tunis 2013 évaporé après « Tunis 2015 » !

Le FSM de Tunis 2013 a donné un nouveau souffle au processus, ou du moins une bouffée d’espoir ! Le processus révolutionnaire et les soulèvements populaires, en Tunisie et un peu partout dans le monde arabe ont permis de réaliser un Forum plus ou moins réussi en comparaison avec les éditions précédentes, notamment celles tenues en terre africaine (Nairobi en 2007 et Dakar en 2011). C’est d’ailleurs le bilan positif tiré par le CI qui a poussé ses membres à prendre la décision d’organiser une deuxième édition consécutive à Tunis en 2015. On s’attendait alors à une évolution par rapport à 2013, aussi bien en termes de mobilisation et d’organisation qu’en ce qui concerne l’implication des mouvements sociaux de lutte et l’articulation entre les mouvements en vue d’actions communes concrètes. Malheureusement le résultat obtenu a été décevant, malgré les très bons débats dans certains ateliers et les conclusions intéressantes de certaines assemblées de convergence ayant proposé des dates d’actions communes[iii].

Les dérives du FSM 2015

La 13ème édition du FSM avait comme défis d’assurer une participation importante, autant que celle de 2013, de faire converger les luttes des mouvements sociaux, en particulier au niveau de la région qui connait une ébullition de mouvements de contestation : mobilisations contre l’exploitation de gaz de schiste en Algérie, mouvement des enseignants en grève en Algérie et en Tunisie, lutte des diplômés chômeurs pour leur droit au travail… Et les soulèvements populaires en Afrique (Burkina Faso, Togo, Congo…), en Europe (en particulier en Grèce et en Espagne) et en Amérique latine. Le 3ème défi était celui de faciliter la construction des agendas communs contre les institutions financières internationales et le système dette, contre l’exploitation des ressources naturelles par les multinationales, contre les traités néo-libéraux de libre-échange, contre la régression des droits humains les plus élémentaires, contre la violence envers les femmes, pour la justice climatique et la souveraineté alimentaire, pour la justice sociale et la paix… Le 4ème défi était d’ordre organisationnel et de sécurité, c’est-à-dire assurer une qualité requise d’organisation et d’interprétariat et éviter les violences et les perturbations que peuvent causer les affrontements d’ordre politique comme cela s’est passé lors des éditions précédentes.

A l’approche du FSM les craintes grandissaient et une partie d’entre elles se sont confirmées. D’abord sur la question de la mobilisation, malgré l’inscription d’un grand nombre d’organisations (plus de 4000) et pas moins de 1200 activités enregistrées, la participation a été plus faible qu’en 2013. Les estimations du comité d’organisation sont de l’ordre de 45000 participants mais c’est un chiffre assez surprenant et certainement « gonflé » ! Il n’a été basé ni sur le nombre de badges distribués ni sur les inscriptions confirmées.

Un autre aspect qui mérite d’être souligné ; à savoir la quasi incapacité des mouvements réellement en lutte de participer à ce Forum. Certes, il y a eu des débats sur la Grèce, sur l’Espagne, sur les mouvements de protestation actuellement en Afrique (au Burkina Faso, au Togo, en Congo…) mais ces mouvements de lutte, et d’une manière générale ceux qu’on appelle « les nouveaux mouvements » n’étaient pas présents.

Le 27 et le 28 mars une trentaine d’assemblées de convergences étaient programmées. Cependant des ateliers autogérés ont été organisés en parallèle. C’est ce qui justifie la faible participation dans les assemblées. Cette méthodologie n’a pas facilité les convergences.

Il est par ailleurs important de souligner que certains contenus de quelques activités étaient en contradiction totale avec la charte de principes du FSM: des organisations qui défendent les agendas de la Banque mondiale, la tenue d’activités qui défendent les accords de partenariats entre l’UE et les pays de la rive Sud de la Méditerranée, d’autres qui parlent d’entreprenariat en économie solidaire, etc. Le programme du Forum a été lui aussi sponsorisé par des entreprises tunisiennes (TUNISIE TELECOM, TUNISAIR, TRANSTU…). S’ajoute à cela la forte présence des religieux islamistes qui distribuaient des livres de propagande religieuse gratuitement ! Ainsi que des partis islamistes dont le parti marocain « Justice et bienfaisance » qui tenait même son stand à la faculté de droit !

La présence d’une forte délégation pro régime algérien (environ 1200 participants pris en charge par le gouvernement) et d’une délégation officielle marocaine ont paniqué le Forum et perturbé la tenue de certaines activités. Le comité d’organisation devrait faire une conférence de presse le 27 mars au matin pour dénoncer les violences causées par la délégation algérienne (sans toutefois citer la délégation officielle marocaine !) mais ladite conférence a été perturbée par cette même délégation.

Un autre très gros problème : l’interprétation. Le comité d’organisation tunisien a préféré former un groupe de volontaires locaux, notamment des étudiants de langues et des enseignants de traduction sans toutefois faire appel à l’expérience et l’expertise du Réseau Babels reconnu par son expérience, sa compétence et son implication politique dans le processus du FSM et qui a jusqu’ici assuré l’interprétation des différentes éditions du FSM. Le Comité local, ayant jugé que les interprètes de Babels sont « coûteux et exigeants ! » s’est contenté des volontaires qui ont très peu d’expérience et dont le nombre était très insuffisant. Cette démarche a amené le Réseau Babels à prendre la décision de boycotter le FSM Tunis 2015[iv]. Par ailleurs les conditions de travail pour les interprètes étaient très difficiles (pas de matériel adapté, pas de perdiem, pas de nourriture…) ce qui les a poussés à observer une grève l’après-midi du 27 mars au moment même où se tenaient certaines assemblées de convergence.

FSM Tunis 2015 : un Forum anti terrorisme !

Après l’attaque du Musée de Bardo de Tunis le 18 mars ayant fait 22 morts, le comité d’organisation du FSM s’est réuni en urgence et a fait un communiqué dans lequel il annonçait le maintien la tenue du Forum, et sa décision de changer l’itinéraire de la marche d’ouverture du Forum qui partira désormais de la place Bab Saadoun en direction du musée du Bardo sous le mot d’ordre « Les peuples du monde contre le terrorisme » ! Le communiqué parlait également de la création d’une commission au sein du conseil international pour la rédaction de « la charte internationale altermondialiste du Bardo de lutte contre le terrorisme. »

Dès lors, le FSM s’affichait en évènement antiterrorisme et les médias tunisiens ne parlaient que des altermondialistes qui viennent en Tunisie pour « dénoncer le terrorisme » ! Heureusement, plusieurs membres du CI du FSM et d’autres activistes internationaux ont réagi rapidement et exprimé leurs inquiétudes. Une réunion des mouvements sociaux internationaux avec le comité d’organisation, tenue le 22 mars, a permis de clarifier les choses et de se mettre d’accord sur le slogan de la marche d’ouverture : « Les peuples du monde unis pour la liberté, l’égalité, la justice sociale et la paix, en solidarité avec le peuple tunisien et toutes les victimes du terrorisme et toutes les formes d’oppression ». Les mouvements sociaux ont refusé que le FSM soit considéré comme un évènement contre le terrorisme et ont précisé qu’il y a en fait plusieurs formes de terrorisme et que le terrorisme est nourri par l’impérialisme international.

Malgré ces clarifications la marche d’ouverture était en globalité une manifestation contre le terrorisme, tel que rapporté d’ailleurs par la presse et les médias tunisiens qui annonçaient que les organisations de la société civile internationale manifestent à Tunis contre le terrorisme !

La question du terrorisme qui s’est invité dans le débat (y compris à la réunion du CI du FSM) montre bien qu’au sein du FSM lui-même il y a ceux qui se mettent dans le sillage de l’impérialisme et ceux qui le combattent.

L’avenir du FSM ?

Il est clair que le Forum social mondial est en crise actuellement, de même que son Conseil international. Il a été récupéré par les défenseurs d’un « libéralisme à visage humain ! », ceux qui considèrent le Forum comme un simple évènement. La lutte contre le système capitaliste n’est pas à l’ordre du jour et ne constitue pas un agenda commun des différentes composantes de la dynamique du FSM. L’avenir du processus est donc incertain !

En d’autres termes, le FSM est replié sur lui-même et ne vise plus à faire contrepoids au Forum économique mondial de Davos ou quelque autre instance du néolibéralisme. Il n’a plus d’objectifs en termes d’ennemis à combattre. Et pire encore, il se met sous le giron de l’empire (cf lutte contre le terrorisme). En fait, il n’a plus de boussole politique.

En outre, le FSM n’est jamais parvenu à être réellement un Forum où s’expriment les mouvements de lutte. Seules les organisations structurées parviennent à financer le déplacement de quelques militants. C’est très rare qu’on pense ceux qui sont sur le terrain.

L’Assemblée des mouvements sociaux (AMS) qui était le dernier moment du FSM pendant les premières années, et qui appelle à chaque édition à des journées d’actions et de mobilisations à l’échelle mondiale, a été vidée de son sens par la stratégie et la méthodologie mise en place par le CI. Elle est désormais marginalisée et placée au même niveau que les autres assemblées de convergence ! L’idée était justement de casser la dynamique de l’AMS qui se positionne concrètement dans le champ des alternatives à la globalisation capitaliste. Et les mouvements sociaux eux même ont contribué à cela par leur repli et leur désintérêt, notamment certains grands mouvements internationaux ayant initié cette dynamique.

Les mouvements sociaux, en particulier ceux qui composent l’AMS, ainsi que les différents mouvements qui luttent à l’échelle planétaire pour la justice sociale, sont appelés à plus de coordination et de concertation en vue de la lutte commune, au-delà même du FSM, pour renforcer la lutte contre la globalisation capitaliste en vue d’un autre monde plus juste et plus équitable.

                                                

Notes :

[i] Membre d’ATTAC/CADTM Maroc et représentant du Réseau CADTM international au CI du FSM.

[ii] Le Forum social mondial réduit à l’insignifiance, Emir Sader, sociologue et politiste brésilien :  http://www.medelu.org/Le-Forum-social-mondial-reduit-a-l

[iii] Voir notamment la déclaration de l’assemblée des mouvements sociaux : http://cadtm.org/Declaration-de-l-Assemblee-des,11449

[iv]Voir communiqué du réseau Babels : http://www.babels.org/spip.php?article565